Blocages lycéens : Lecornu convoque une cellule de crise face aux violences
Le mouvement de blocage des lycéens, rejoint par les étudiants pour réclamer davantage de moyens, a dégénéré jeudi dans plusieurs grandes villes de France. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a été contraint de convoquer une cellule de crise au ministère de l'Intérieur.
Selon les remontées policières, 340 actions étaient en cours dans la matinée devant des lycées et 169 blocages ont été comptabilisés. En Île-de-France, plus de 200 lycées étaient perturbés, dont une cinquantaine « le théâtre de violences, d'affrontements et de dégradations », selon la Région.
Des violences urbaines dans plusieurs villes
À Nantes, un incendie volontaire a été déclenché dans le hall du lycée Nelson Mandela. À Marseille, le proviseur adjoint et deux autres personnels du lycée Victor Hugo ont été éclaboussés par des individus qui mettaient de l'essence dans des conteneurs, a précisé le rectorat. Des incidents violents ont également eu lieu à Besançon et à Toulouse, où des jeunes ont envahi des artères et les rails du tramway, bloquant complètement la circulation.
À Strasbourg, la circulation des trams a été interrompue pour « limiter les mouvements des manifestants ». Des poubelles renversées, des feux allumés, des projectiles lancés, des abribus brisés : le scénario des émeutes urbaines s'est répété dans plusieurs villes, ont constaté les journalistes de l'AFP.
Des lycéens partagés entre colère et rejet de la violence
« On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui dépense des millions dans des pochettes anti-téléphone mais n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs », a expliqué Maëlle, élève de 16 ans au lycée Malherbe de Caen. « Certains ont mis le feu à des poubelles, je préférerais qu'ils manifestent par des mots plutôt que par ces actions. »
« On veut le bac, pas la BAC », affichait un panneau en carton brandi par un manifestant à Lille. « L'État ne veut pas comprendre que nous, on fait ça pour nos études, pas pour faire le bordel », ont déclaré trois lycéennes lilloises de 15 ans.
Les étudiants rejoignent le mouvement, des collèges aussi
Appelant à un « acte deux » après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante. Des collèges ont aussi rejoint le mouvement, comme dans le Rhône où la préfecture en a comptabilisé 5 sur 36 établissements mobilisés.
Le gouvernement durcit le ton face aux appels à l'insurrection
Sébastien Lecornu avait dénoncé lundi sur le réseau X une « surenchère irresponsable » d'élus de la France insoumise qui avaient appelé, comme le député Louis Boyard, à « étendre » le mouvement de blocage des lycées. Jean-Luc Mélenchon lui avait aussitôt répondu en l'accusant d'avoir « ordonné la répression » du mouvement « avec un arrière-goût raciste évident ».
Pour tenter d'apaiser la colère, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a proposé mercredi l'ouverture d'une « plateforme de concertation ». En vain : « Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les gilets jaunes », a réagi Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne.
Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI, « un parti qui essaie d'organiser l'insurrection ». Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a de son côté fustigé « l'irresponsabilité du gouvernement ».
Trois enquêtes ouvertes après des blessés parmi les lycéens
Trois enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés lors de blocages. Mercredi à Tours, un jeune homme a été blessé à la tête et hospitalisé pour des lésions « compatibles » avec un tir de LBD, selon la procureure de la République.
« Ce sont des mineurs qui sont en face des forces de l'ordre. Évidemment, il y a un usage très proportionnel » des « armes intermédiaires », notamment du gaz lacrymogène, a expliqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.
Un budget présenté dans la confusion
Pendant que les lycéens se mobilisaient, le gouvernement a présenté jeudi matin son projet de budget. Il prévoit notamment pour les étudiants non boursiers de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS et 270 euros pour ceux en classes préparatoires aux grandes écoles. Une décision qui risque d'attiser encore davantage la colère de la jeunesse.
La France ne peut pas laisser une minorité d'agitateurs dicter sa loi dans nos rues et nos établissements. L'ordre républicain doit prévaloir, et le gouvernement doit tenir ferme face à ceux qui confondent contestation légitime et destruction du bien commun.