Affaire Bardella : l'heure du mensonge a sonné
Ce samedi 3 octobre, le duel d'Avant le 20H sur Franceinfo a mis face à face Jean-Sébastien Ferjou, fondateur d'Atlantico, et Laurent Joffrin, directeur du Libre journal. Au cœur des débats : la place de Jordan Bardella à la tête du Rassemblement national, après les nouvelles révélations de Médiapart sur des propos antisémites qu'il aurait tenus en 2013 sur Messenger. Si la gauche s'émeut, la droite républicaine, elle, s'interroge : faut-il sacrifier un chef de parti populaire sur l'autel de la bien-pensance ?
Des propos avérés, une défense qui sent le soufre
Les éléments publiés par Médiapart ne laissent que peu de place au doute : les messages litigieux seraient bien de la main de Jordan Bardella. Face à cela, le président du RN a choisi la stratégie du déni, portant plainte pour faux et usage de faux. Une ligne de défense que Jean-Sébastien Ferjou juge dangereuse : « Le problème n'est plus les propos en eux-mêmes, mais le potentiel mensonge. »
Pour l'éditorialiste, cette défense pourrait bien être un piège. Les relations entre Bardella et Marine Le Pen sont tendues depuis le 7 juillet et l'échec de sa candidature à la présidentielle. A-t-il choisi seul cette stratégie ? La question mérite d'être posée.
Les électeurs sont-ils dupes ?
Jean-Sébastien Ferjou rappelle que les électeurs ne sont pas naïfs. L'exemple de Donald Trump aux États-Unis ou de Silvio Berlusconi en Italie le prouve : quand un parti incarne un choix politique fort, ses électeurs peuvent fermer les yeux sur les travers de leur champion. « Ils considèrent que c'est le prix à payer », analyse-t-il.
Une indulgence que la gauche s'accorde tout autant, selon lui, en continuant de voter pour des candidats LFI aux propos tout aussi radicaux. Il cite d'ailleurs David Guiraud, maire de Roubaix, qui a tenu des propos similaires sans que cela ne lui porte préjudice.
La droite doit-elle trancher dans le vif ?
Pour Laurent Joffrin, la réponse est sans appel : Jordan Bardella doit partir. L'explication d'un faux compte créé il y a treize ans pour piéger le jeune homme est « totalement invraisemblable ». Il rappelle que le Front national de l'époque, dirigé par Jean-Marie Le Pen, baignait dans un antisémitisme quasi officiel. « Tous les fondateurs étaient des antisémites notoires », assène-t-il.
Si la gauche exige la tête de Bardella, la droite républicaine, elle, doit peser le pour et le contre. Faut-il sacrifier un leader populaire pour des propos de jeunesse, ou défendre l'ordre et la dignité en exigeant la transparence ? Le mensonge, s'il est avéré, serait une faute morale impardonnable. Mais l'acharnement médiatique contre un homme qui incarne le renouveau national n'est-il pas, lui aussi, un scandale ?
Une chose est sûre : cette affaire ne fait que commencer, et elle pourrait bien rebattre les cartes de la présidentielle.